Thomas Zicola


Célibataires


Célibataires
Célibataires
Célibataires

4/7


Les trois photographies exposées ici ont été prises à des mois de distance les unes des autres, à la marge de travaux de sériation. Elles demeuraient jusqu'alors comme isolées, chacune sur leur rouleau respectif. Je revenais les visiter souvent pourtant, celles-là et d'autres encore jamais exposées. Quelque chose y insiste. Quelque chose que l'exercice du cartel m'oblige peut-être à clarifier.

Après avoir charmé Charon, Cerbère et les trois juges avec des chapelets de termes savants et de références subtiles tout autant qu'accessoires, je crains pourtant de retourner mes mots afin de vérifier si l'image me suit à la lumière, je crains qu'elle ne s'efface à jamais dans les méandres souterrains. I would prefer not to.

Il est toujours possible de mettre des mots par-dessus le visible, jusqu'à le recouvrir. Des bouts de coton, des gazes et des bandages, du plâtre épais. Des mots qui désinfectent, cautérisent et réparent. Alors tout guérit sauf l'essentiel : peut-être l'image vivante désirée s'efface derrière l'image-objet pétrifiée, peut-être s'évanouit-elle comme un fantôme traversé de rayons de lumière.

Ces trois images témoignent de cette tension irréductible entre ombre et lumière, jusque dans la matière même : le blanc qui figure la lumière n'est autre que le blanc du papier vierge. Cet espace où rien ne s'inscrit est le ressort même de l'illusion. Peut-être est-ce là l'espace du mythe, un mythe que nous avons chacun - spectateur doué de langage - à recomposer.